Dos de mayo » de Francisco Goya (le peintre aficionado)

Antonio Lorca, le chroniqueur taurin (mais pas que…) d’El Pais, malaimé parce que souvent il met le doigt (avec talent) où ça fait mal, a parfaitement évoqué les questions qui se posent après le festival du 2 mai à Las Ventas. Une journée bien organisée, impeccable même, qui a fait le plein de l’aforo autorisé c’est à dire 6000 spectateurs sur les tendidos, ce qui donnait à l’arène la plus importante du monde une allure tout à fait respectable. Le spectacle proposé est allé de menos à màs et il eut ses mérites. El Juli, une fois encore, a montré sa maestria, Manzanares a mouillé sa chemise devant un imposant Victoriano del Rio et Miguel Angel Perera a prouvé sa sécurité et son sens de la responsabilité. Ce n’est pas si mal. Si on ajoute les centaines de milliers de téléspectateurs qui ont suivi le festejo dans le monde entier – en France notamment-, c’est un bilan positif pour la tauromachie.

Mais on fait quoi maintenant ? Maintenant qu’il est prouvé que l’on peut organiser un spectacle de grande ampleur en toute sécurité dans « la capitale du monde » -sur laquelle l’avenir de la tauromachie repose en réalité ? Plus d’un an d’arrêt, (448 jours exactement), un festival globalement réussi et puis une nouvelle interruption. Elle va durer combien de temps ? Dans quelle condition se ferait une réouverture ? Est-elle pensée ? Envisagée ? il est clair qu’en Espagne, comme dans le reste de l’Europe, on envisage désormais de traiter la pandémie sur le mode du « stop en go » c’est à dire, pour faire court, de vivre avec le virus, en développant la vaccination, ce qui se fait de manière assez soutenue en Espagne comme en france. Il faut donc s’adapter à ces demies-jauges, ces prises de températures à l’entrée de l’arène, ces distanciations sur les gradins. Les super-stars comme Roca Rey, Talavante, Ferrera, aux abonnés absents, devront se plier à cette réalité, en rabattre financièrement, si elles ne veulent pas disparaître; la jeune garde est là et il y a le risque de l’oubli: le monde d’après ne sera plus celui d’avant.

On me dira que les arènes de Las Ventas coûtent cher à ouvrir et c’est vrai. Mais combien de spectacles chaque année n’atteignaient pas l’entrée de ce 2 mai: grosso modo un tiers d’arène. Beaucoup des corridas de la temporada d’été n’atteignaient même pas la moitié de l’assistance de ce festival. Ne parlons pas des novilladas qui ne dépassaient pas les 2000 spectateurs. Il y a donc commercialement une issue, une voie qui n’est pas exploitée. Est-ce délibéré ? Lié aux futures élections municipales madrilènes? On pensait le PP attaché à la tauromachie dans la capitale: se rabibocher avec l’aficion locale, était-ce le but ultime de ce festival qui avait d’ailleurs un petit air de meeting pas instants ? Un festival qui a été organisé avec l’aval du PP aux commandes pour le moment et décideur ultime de l’avenir de Las ventas ? Faut-il y voir un double langage? Ou un message caché ?

« Est-ce la joie d’un apéritif ou un triste sentiment d’abandon » qu’il faut retenir de cette tarde comme le dit mieux que moi Antonio Lorca: https://elpais.com/cultura/2021-05-02/una-triste-sensacion-de-orfandad.html ?

Pierre Vidal