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C’est parfois quand les gens disparaissent que l’on mesure la place qu’il tenait pour vous: ce qu’ils on pu vous apporter. Je voudrais rendre ici un hommage ultime à Jean-Louis Richard, plus connu sous l’apodo de « Paquirri » qui vient de décéder hier. C’était avant tout un homme passionné par les autres: ouvert et accueillant, ainsi il comptait d’innombrables amis. Sa disparition inattendue brise le cœur de tous et nous laisse désemparé. Il y avait quelque chose d’exceptionnel chez lui, dans sa passion communicative pour le monde de la tauromachie, plus largement pour l’Espagne et pour l’Andalousie qu’il connaissait si bien. Cette connaissance qu’il en avait nous fascinait: son amour des relations sociales uniques qui y règnent, mais aussi ces paysages rugueux, ces traditions mystérieuses. Il savait transmettre cette passion profonde à qui le méritait et il n’était pas avare, avec ceux-là, d’indications précieuses leur permettant de découvrir à leur tour la magie de cette terre.

Généreux, Paquirri l’était autant que fidèle. Modeste, il ne faisait pas partie de ceux qui la ramènent -si nombreux pourtant dans le monde taurin; ces « yo soy » détestables qui croient tout savoir alors que c’est si compliqué. Il n’était d’aucune coterie et reconnaissait les mérites de chacun. En ce sens c’était un aficionado exemplaire, au jugement sur. Il avait fréquenté les plus grands, Paquirri (le torero) justement mais aussi Ruiz Miguel qu’il avait habillé et combien d’autres.

Sa vie fut romanesque à souhait. Elle l’a conduit, lui l’ancien militaire -ex-pilote de chasse-, dans le monde entier, au bord des plus grands stades ou sur le parvis des plus grandes arènes, le plongeant parfois dans des situations inattendues, rocambolesques dont il avait su se tirer avec astuce. Il ne s’en vantait pas, mais quand il racontait ces anecdotes on buvait ses paroles avec délices. Pour ma part elles ont beaucoup compter beaucoup dans ma vie d’aficionado car, comme lui, j’aime plus que tout la fantaisie, la poésie du monde taurin et même ses défauts. Il y avait une part de picaresque chez lui.

On parle souvent de famille taurine. Pour lui, cela avait un sens concret. Il ne cherchait aucun avantage à frayer avec tel ou tel. Il y croyait c’est tout. Il avait une conscience aigüe de la fragilité de ce petit monde alors il ne rechignait pas à aider ceux qui lui demandait: il passait des heures à attendre sous le soleil dans des queues, immobile l’ouverture des guichets de Séville ou Jerez pour prendre les places que lui avaient retenus X ou Y. Il était d’une fidélité sans faille et on pouvait toujours compter sur lui. Il logeait, prêtait, habillait, guidait qui aimait la tauromachie. Ce n’était ni un devoir, une corvée mais quelque chose de naturel. Un don de soi naturel.

Il avait trouvé la martingale, la vie idéale, se partageant entre Chipiona, à l’embouchure du Gudalaquivir, et le bassin d’Arcachon. Dans la petite ville de Rocio Jurado, il s’était fait de nombreux amis: une communauté bigarrée composée de français, de belges, d’allemands, de néerlandais, tous désolés aujourd’hui. Mais surtout il était reconnu des andalous, austères et méfiants autant que lumineux et secrets et qui ne se livrent pas facilement. Ils l’avaient nommé consul de France de la cité et il n’en était pas peu fier.

Il faudrait évoquer aussi son élégance qui était le reflet de son âme et son dégoût du débraillé. Son amour de l’ordre dans un monde chaotique. Son amour du drapeau. Tout cela en faisait un personnage admiré, unique, recherché.

Que sera le monde taurin sans nos chers disparus ? Sans Ricardo Vasquez Prada, le malicieux chroniqueur taurin du Heraldo de Aragon, sans le peintre Jacques Lasserre qui avait saisi l’essence de l’art que nous aimons, sa lumière et son mouvement, sans Paquirri qui incarnait la fraternité joyeuse, le romanesque de ce petit univers ? C’est un monde qui disparaît, aura-t-il, sans eux, encore un sens ?

En tout cas cela valait la peine d’en être, rien que pour avoir connu ainsi des êtres de cette qualité.

A Hélène, à sa famille, à ses nombreux amis nos condoléances les plus sincères. Qu’il repose en paix.


Pierre Vidal

Obsèques au Crématorium de Montussan (33) le jeudi 20 mai à 8h15. Jauge entrée : 70 personnes maximum.

(Photo : Agnès Peronnet)